La langue qui nous habite...

La langue qui nous habite...
La langue qui nous habite...calligraphie encres de chine et gouache de Odile Pierron

mardi 4 décembre 2012

L'expression de la semaine : "Une nuit blanche"

Cette expression qui date du XVIIIème siècle signifie une nuit sans sommeil.
Le plus vieux document qui reprend cette expression est une lettre, datant du 30 octobre 1771, de la marquise du Deffand, Marie de Vichy-Chamrond, destinée à Horace Walpole, homme politique et écrivain anglais. La marquise y a écrit : « Vous saurez que j'ai passé une nuit blanche, mais si blanche, que depuis deux heures après minuit que je me suis couchée, jusqu'à trois heures après-midi que je vous écris, je n'ai pas exactement fermé la paupière; c'est la plus forte insomnie que j'ai jamais eue ».
La première signification de cette expression est un parallèle entre nuit blanche et nuit noire. Une nuit noire est une nuit où l’on dort d’un sommeil bien mérité et donc tout logiquement sans lumière allumée. Alors que lorsque l’on ne trouve pas le sommeil, la lumière nous accompagne pour rester éveiller. Une nuit blanche est donc un parallèle avec la couleur de la lumière.
Cette expression a une deuxième signification. Elle prend racine dans une coutume ancestrale de chevalier. La nuit, précédant leur consécration en tant que chevalier, les hommes se devaient de la passer éveillés vêtu d’une tenue entièrement blanche. Si cette signification s’avère correcte, il est surprenant de ne pas la trouver dans des écrits plus anciens.
Une autre signification de cette expression peut être proposée. A l’époque du règne d’Elisabeth, au XVIIème, la ville de Saint-Pétersbourg, en Russie, était fréquentée par de nombreux français principalement lors de la période estivale. Dans ce pays, en été, les nuits ne sont pas vraiment noires car le soleil ne se couche jamais. De plus, au cours de ces années, la vie nocturne au cœur de la ville battait son plein. Les participants aux fêtes passaient donc des nuits doublement blanches de par l’absence de sommeil et par la luminosité de la nuit. Il est tout à fait possible qu’un terme russe signifiant nuits blanches en français ait été ramené et diffusé en France par les touristes-fêtard.

lundi 26 novembre 2012

L'expression de la semaine : "Trouver chaussure à son pied"

Cette expression datant du XVIIème siècle signifie trouver ce dont on a besoin. Si l’on parle d’une personne, cela signifie que l’on a rencontré la personne qui nous convient.
A ses débuts, l’expression signifiait " trouver quelqu’un qui résiste " et l’image utilisée était celle d’un pied chaussé appuyant contre le sien.
Vous remarquerez que cette expression ne peut être utilisée qu’au  singulier, « trouver chaussures adaptées à ses pieds » ne peut pas être employé.
Cette expression est basée sur quelque chose de simple : si vous êtes chaussés avec une chaussure de trop grande ou de petite taille pour votre pied, cela peut très rapidement devenir désagréable et douloureuse. Avoir des chaussures adaptées à sa taille de pied, vous permet donc de marcher en toute liberté et sans douleur. En généralisant cette action, on retrouve l'action de trouver quelque chose dont on a besoin et qui nous convient parfaitement. Lorsque vous dîtes d’une personne que vous avez trouvé chaussure à votre pied, vous vous sentez donc parfaitement bien avec elle et vous ne souffrez pas de douleur du fait de cette situation.
Une autre interprétation de l’expression peut être possible. Le pied et la chaussure symboliseraient l’homme et la femme. Une union parfaite entre deux personnes évoque donc le pied dans une chaussure.

lundi 12 novembre 2012

L'expression de la semaine : "Au pied levé"

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir la signification de l’expression « Au pied levé ».
Cette expression, qui signifie ne pas avoir le temps de se préparer, à l'improviste, existe depuis le XVème siècle.
L’expression vient du fait que lorsque vous avez envie d’aller quelque part, vous levez d’abord un pied puis l’autre. Au cours de cette action, vous levez le pied. Et si au cours de celle-ci, quelqu’un vous surprend à l’improviste, sans avoir le temps de vous préparer à sa demande, il vous apercevra le pied levé.
A ses débuts, l’expression n’était employée que lorsque l’on s’adressait à quelqu’un au moment où il s’apprêtait à partir, c’est-à-dire lorsqu’il avait le pied levé ! Puis au fur et à mesure, l’expression s’est généralisée à toutes les personnes qui exécutent quelque chose à l’improviste ou sans disposer du temps nécessaire pour préparer ce qu’on lui demande.
Au milieu du XVème siècle, l’expression employée était « à pied levé » puis au milieu du XVIème siècle elle est devenue « au pied levé ».

jeudi 25 octobre 2012

L'expression de la semaine : " Ne connaître ni d'Eve ni d'Adam"

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir la signification de l’expression «Ne connaître ni d'Ève, ni d'Adam».
Cette expression qui signifie n’avoir jamais entendu parler de quelque chose ou de quelqu’un, existe depuis la fin du XVIIème siècle, puisque en 1700 dans Le père Bouhous, jésuite convaincu de ses calomnies anciennes, on peut trouver l’extrait suivant : « une histoire et des bruits qui ont eu pour principal fondement la grossesse scandaleuse d'une fille qu'ils ne connaissaient ni d'Ève ni d'Adam ». Cette expression prend racine dans l’origine de l’humanité. En effet, Adam est le premier homme

mardi 16 octobre 2012

L'expression de la semaine : "Poser un lapin"

Cette expression qui date de la fin du XIXe siècle a d’abord signifié « ne pas rétribuer les faveurs d’une femme » et elle viendrait de la combinaison de deux termes argotiques, poser et lapin.
D’un côté, en 1883, Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte, donne à faire poser la signification « faire attendre » et de l’autre, en 1889, Lorédan Larchey dans son Nouveau supplément du dictionnaire d’argot, indique que lapin est employé là par allusion « au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui paraît facile à gagner et qu’on ne gagne jamais ».
Autrement dit, le « poseur de lapin », terme qui a bien existé à cette époque, était celui qui faisait attendre son paiement (le lapin) ad vitam aeternam à la femme dont il avait profité. Dans ce cas, poser un lapin se disait bizarrement aussi brûler paillasse, et c’est suite à cette pratique que les dames de petite vertu ont pris l’habitude de faire payer d’avance leurs services.
Pour le sens actuel de l’expression, apparu également à la même période, il est probable qu’il y ait eu un glissement d’une attente non comblée (celle du paiement) vers une autre attente également non comblée (celle de la personne attendue), puisque dans les deux cas, il s’agit d’un engagement qui n’est pas tenu, ce que semblerait confirmer a posteriori l’édition de 1922 du Larousse universel, où il est indiqué : « Poser un lapin : [...] par extension, ne pas tenir un engagement, une promesse ».
Il est possible que ce sens ait été influencé par une des significations de lapin au début du XVIIe siècle. En effet, à cette période, lapin s’employait pour parler d’une histoire complètement inventée, source de moqueries, qui était parfois qualifiée par la forme suivante : « celle-là est de garenne », faisant allusion au lapin de garenne, plus gros que le lapin ordinaire, forme qui nous est confirmée par le Dictionnaire de l’Académie française de 1694 où on trouve à l’entrée garenne : « On dit proverbialement et bassement d’un conte ou d’un trait d’esprit dont on le raille celui-là est de garenne ».
Alors on peut imaginer que ce lapin-là ait glissé ou bondi de l’histoire ou la blague douteuse à la plaisanterie douteuse comme celle de donner un faux rendez-vous.

jeudi 4 octobre 2012

L'expression de la semaine : "Etre en odeur de sainteté"

Il a été dit, autrefois, que le corps d'un saint émettait après sa mort une odeur particulière, suave qui permettait de le distinguer aisément des autres personnes décédées.

C'est de là qu'au XVIIe siècle est apparue notre expression avec son premier sens indiqué, pour désigner une personne ayant eu de son vivant un comportement si admirable que sa canonisation était envisageable.
Mais avant cela, au XVIe siècle, il existait déjà "être en bonne / mauvaise odeur" pour désigner quelqu'un qui faisait bonne ou mauvaise impression, tant il vrai que les odeurs qui émanent d'une personne qu'on rencontre peuvent parfois inciter à la cataloguer très rapidement.
Furetière indique d'ailleurs "odeur se dit figurément aux choses morales et signifie bonne ou mauvaise réputation". Ce sens n'a pas disparu et il est resté aujourd'hui dans notre expression, la bonne odeur devenant l'odeur de sainteté et désignant, parce qu'il a fait bonne impression, quelqu'un qui est apprécié, bien vu.
Dans ce second sens, le moderne, la locution s'emploie plutôt à la forme négative "ne pas être en odeur de sainteté" pour désigner une personne mal vue par une autre.

lundi 24 septembre 2012

L'expression de la semaine : "A brûle-pourpoint"

Cette expression a une origine militaire. Lorsqu'on tirait un coup de feu sur quelqu'un de très près, à bout portant, on lui brûlait le pourpoint (vêtement masculin qui couvrait le torse, utilisé entre le XIIIe et le XVIIe siècle).

Cette métaphore utilise d'abord l'idée d'efficacité (pour tuer quelqu'un , plus on est près, plus on a de chances de réussir) puis de soudaineté, de surprise (pour pouvoir tirer à brûle-pourpoint sur quelqu'un, il faut le surprendre).