La langue qui nous habite...

La langue qui nous habite...
La langue qui nous habite...calligraphie encres de chine et gouache de Odile Pierron

lundi 10 décembre 2012

Atelier d'écriture du 7 décembre 2012

L'écriture m'a attrapé un jour avec une plume que je trempais dans un encrier coincé au bord de la table. A force de recopier des lignes et des lignes de a, b, et de c, ma main avait fini pas s'habituer à imiter des arabesques et leur donnait enfin un sens. La mémoire aidant, telle lettre devait être suivie par telle autres, puis par celle-là. le tout, ainsi accroché, devenait un mot. Celui-ci, une fois dit à voix basse, venait illustrer l'objet imaginé. Puis, quelques mois plus tard, directement, la forme irrégulière d'un mot écrit maladroitement entre deux lignes sur la feuille, prenait dans mon esprit la forme de l'objet. Enfin. Quelques mois plus tard encore, les premières phrases pourtant simples sont venus déclencher un sourire de satisfaction.
Joan Carlos


J'aimais écrire. Il y avait dans le geste du tracé une volupté qui allait au-delà de l'effort engagé pour atteindre la beauté. Et qui disait beauté disait régularité, continuité des ligatures et filiation spontanée entre les signes du début, frappés de ce fait pas la maladresse et les signes de la fin, frappés eux de fatigue. Ecueils qu'il fallait donc surmonter, langue tirée entre les dents, mûe par l'envie de plaire à ma maîtresse et l'orgueil aussi de réussir là où mes camarades échouaient par grossièreté. Car pour écrire, il fallait du raffinement et surtout avoir le pressentiment de l'art, lieu sacré de création, territoire des dieux. Or, mes camarades, sans doute par pragmatisme ne voyaient des lettres que leur utilité, leur aspect pratique en somme où faire une ligne de a, b, c, etc. ne pouvait se justifier que par l'usage dont elles tireraient bientôt profit, raisonnement finaliste de bon sens certes, mais sans égard pour la gratuité du geste. Moi, je me moquais éperdument du résultat ou du moins il n'était qu'une projection, alors que mon plaisir n'aurait souffert d'aucun ajournement. Tracer était un délice en soi, tremper la plume dans l'encrier de porcelaine blanche, célébration et appliquer le buvard rose proprement, profonde satisfaction, de celles que l'on éprouve lorsque le monde nous apparaît dans son ordre foncier, sa légitimité plénière. J'aimais écrire. Elève appliquée, mon travail soigné était récompensé par le sourire radieux de la maîtresse qui, telle une icône à mes yeux, était objet de vénération : elle savait lire, écrire et comble de liberté, elle portait un rouge à lèvres intense donnant à ses sourires encourageants un éclat supplémentaire. Depuis, j'affectionne les rouges à lèvres puissants.
Odile


 L'histoire commence quelque part au milieu des années 90 entre les murs d'un internat. l'un des gamins les plus turbulents décréta qu'il n'était pas acceptable que les énénements se déroulant entre ces murs tombent dans l'oubli. Il fut donc décidé que les moments les plus remarquables seraient consignés dans un cahier. Il serait tenu et gardé par un seul et unique rédacteur : moi... Pourquoi moi ? Pour tout le monde, ma nomination était une évidence. Elle l'était peut-être aussi pour moi. Arriva le jour où, les examens passés et l'été arrivant, la petite troupe fut disloquée par la force des choses, obligée à laisser la place au millésime suivant. L'envie d'écrire s'endormit quelque peu, victime d'une forme d'hibernation. Se nourrissant de folie, de désir et de fêtes, elle dut laisser la place au sérieux et à la rigueur d'une carrière à construire. Puis, un jour, une rencontre. La rencontre. Comme on n'en fait peut-être jamais dans une vie. Alors, quand on la fait une fois... une tornade, un tsunami, l'impression d'être pris dans une vague qui vous secoue, qui parvient presque à vous démembrer. Un ouragan émotionnel aussi bref que violent. Qui crée un trop-plein de sentiments dont il faut se libérer car on craint qu'il ne vous fasse imploser. De ce chaos, revient l'envie, disparaît aussi une sorte de pudeur, l'envie de ne plus se cacher, l'envie d'écrire.
François



La maîtresse versait une poudre bleu ciel dans une bouteille en verre, elle remplissait la bouteille d'eau et cela donnait une encre bleu profond qu'elle versait dans nos encriers en porcelaine blanche. Nous trempions nos plumes dans les encriers et nous nous appliquions à l'écriture. Nous écrivions de longues lignes de lettres. La première lettre que j'ai écrite était un N, la seconde un I, avec cela, je pouvais écrire NINI, petite fille rousse qui illustrait un livre d'école qui nous enseignait au b-a-ba de la lecture. Je trouvais Nini très jolie, pour ne pas dire que j'en étais amoureux. Nini m'a accompagné toute cette année scolaire du CP. A cette époque, il y avait le système des bons points, au bout de dix bons points, on avait droit à une image alors je m'appliquais.
Maurice


Que je me souvienne de ces premiers rendez-vous avec l'écriture est un exercice assez périlleux car les années ont passé. mais il reste ce fil qui me relie à mes tendres années?. C'est surtout l'année du cours préparatoire qui me reste en mémoire et l'institutrice qui était face à moi. Madame Coucou, c'était son nom, a su me donner envie d'avoir envie d'écrire. D'abord avec la craie blanche qu'elle faisait courir sur le tableau noir qui prenait toute la longueur du mur car il était de trois panneaux. Les traits, les arrondis, les accents, les cédilles étaient des petites pièces que je voulais à tout prix retenir sur mon cahier. A cette époque, le stylo-plume était notre compagnon. Je me souviens des taches malencontreusement déposées entre le petit encrier et la feuille blanche que j'épongeais souvent avec le buvard. Tenir la plume était une souffrance, une torture quand il fallait recopier ce que nous lisions sur le tableau. Au fur et à mesure que le temps passait, la maladresse et le mal laissèrent la place au plaisir. Les lettres commençaient à se dessiner sous mes yeux et je maîtrisais de plus en plus. J'en oubliais les crampes aux doigts les premières semaines. Après l'école, dans ma chambre, je revenais sur mon cahier pour réécrire les mêmes lettres en essayant de m'appliquer pour montrer mes progrès à mes parents. Je passais du temps car ce n'était pas si facile à 5 ans de tenir et de faire courir la plume. Elle bavait et salissait ce qui avait sur moi un effet bizarre. Je me levais et je laissais en plan ma feuille posée, abandonnée pendant un long moment avant de revenir avec la volonté de réussir à dessiner de jolies formes droites et arrondies sur le cahier de Madame Coucou.
Pascal



C'était laborieux, malgré toute ma volonté et ma motivation. j'étais une élève trantôt distraite, tantôt revêche, solitaire, étourdie. L'alphabet d'abord. Toutes ces lettres à retenir, dans l'ordre, avec plein de formes différentes. Puis les syllabes, puis les associations qui formaient des mots, puis le calvaire de l'orthographe, de la grammaire française dont la complexité n'a pas à ma connaissance d'équivalent sur terre. Ecrire ... Quelles souffrance ! Tout était parti de ma fascination pour ces formes étranges et esthétiques qui s'étalaient sur d'innombrables pages qui composaient les innombrables livres des étagères des maisons qui  m'ont vu grandir. Pas de télé à la maison. Pas de frère. Pas de soeur. Juste des livres et un grand jardin . La seule issue possible à cet ennui grandissant était l'apprentissage de l'écriture et de la lecture, de façon à pouvoir enfin recréer moi-même des variantes imaginaires de mes histoires favorites, Baba Yaga et les détectives. En classe, je reproduisais comme je pouvais, impatiente, colérique, ces formes bizarres qui me donneraient un jour accès à ce monde fabuleux du livre. Cet espoir me consolait temporairement des remarques forcément imméritées de la maîtresse , écrites sur le bulletin scolaire dans la rubrique "Ecriture" : Travail peu soigné, peut mieux faire mais ne s'en donne pas les moyens, élève brouillon... Quelle déception mais quel espoir !
Claire

mardi 4 décembre 2012

L'expression de la semaine : "Une nuit blanche"

Cette expression qui date du XVIIIème siècle signifie une nuit sans sommeil.
Le plus vieux document qui reprend cette expression est une lettre, datant du 30 octobre 1771, de la marquise du Deffand, Marie de Vichy-Chamrond, destinée à Horace Walpole, homme politique et écrivain anglais. La marquise y a écrit : « Vous saurez que j'ai passé une nuit blanche, mais si blanche, que depuis deux heures après minuit que je me suis couchée, jusqu'à trois heures après-midi que je vous écris, je n'ai pas exactement fermé la paupière; c'est la plus forte insomnie que j'ai jamais eue ».
La première signification de cette expression est un parallèle entre nuit blanche et nuit noire. Une nuit noire est une nuit où l’on dort d’un sommeil bien mérité et donc tout logiquement sans lumière allumée. Alors que lorsque l’on ne trouve pas le sommeil, la lumière nous accompagne pour rester éveiller. Une nuit blanche est donc un parallèle avec la couleur de la lumière.
Cette expression a une deuxième signification. Elle prend racine dans une coutume ancestrale de chevalier. La nuit, précédant leur consécration en tant que chevalier, les hommes se devaient de la passer éveillés vêtu d’une tenue entièrement blanche. Si cette signification s’avère correcte, il est surprenant de ne pas la trouver dans des écrits plus anciens.
Une autre signification de cette expression peut être proposée. A l’époque du règne d’Elisabeth, au XVIIème, la ville de Saint-Pétersbourg, en Russie, était fréquentée par de nombreux français principalement lors de la période estivale. Dans ce pays, en été, les nuits ne sont pas vraiment noires car le soleil ne se couche jamais. De plus, au cours de ces années, la vie nocturne au cœur de la ville battait son plein. Les participants aux fêtes passaient donc des nuits doublement blanches de par l’absence de sommeil et par la luminosité de la nuit. Il est tout à fait possible qu’un terme russe signifiant nuits blanches en français ait été ramené et diffusé en France par les touristes-fêtard.

lundi 26 novembre 2012

L'expression de la semaine : "Trouver chaussure à son pied"

Cette expression datant du XVIIème siècle signifie trouver ce dont on a besoin. Si l’on parle d’une personne, cela signifie que l’on a rencontré la personne qui nous convient.
A ses débuts, l’expression signifiait " trouver quelqu’un qui résiste " et l’image utilisée était celle d’un pied chaussé appuyant contre le sien.
Vous remarquerez que cette expression ne peut être utilisée qu’au  singulier, « trouver chaussures adaptées à ses pieds » ne peut pas être employé.
Cette expression est basée sur quelque chose de simple : si vous êtes chaussés avec une chaussure de trop grande ou de petite taille pour votre pied, cela peut très rapidement devenir désagréable et douloureuse. Avoir des chaussures adaptées à sa taille de pied, vous permet donc de marcher en toute liberté et sans douleur. En généralisant cette action, on retrouve l'action de trouver quelque chose dont on a besoin et qui nous convient parfaitement. Lorsque vous dîtes d’une personne que vous avez trouvé chaussure à votre pied, vous vous sentez donc parfaitement bien avec elle et vous ne souffrez pas de douleur du fait de cette situation.
Une autre interprétation de l’expression peut être possible. Le pied et la chaussure symboliseraient l’homme et la femme. Une union parfaite entre deux personnes évoque donc le pied dans une chaussure.

lundi 12 novembre 2012

L'expression de la semaine : "Au pied levé"

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir la signification de l’expression « Au pied levé ».
Cette expression, qui signifie ne pas avoir le temps de se préparer, à l'improviste, existe depuis le XVème siècle.
L’expression vient du fait que lorsque vous avez envie d’aller quelque part, vous levez d’abord un pied puis l’autre. Au cours de cette action, vous levez le pied. Et si au cours de celle-ci, quelqu’un vous surprend à l’improviste, sans avoir le temps de vous préparer à sa demande, il vous apercevra le pied levé.
A ses débuts, l’expression n’était employée que lorsque l’on s’adressait à quelqu’un au moment où il s’apprêtait à partir, c’est-à-dire lorsqu’il avait le pied levé ! Puis au fur et à mesure, l’expression s’est généralisée à toutes les personnes qui exécutent quelque chose à l’improviste ou sans disposer du temps nécessaire pour préparer ce qu’on lui demande.
Au milieu du XVème siècle, l’expression employée était « à pied levé » puis au milieu du XVIème siècle elle est devenue « au pied levé ».

jeudi 25 octobre 2012

L'expression de la semaine : " Ne connaître ni d'Eve ni d'Adam"

Cette semaine, nous vous proposons de découvrir la signification de l’expression «Ne connaître ni d'Ève, ni d'Adam».
Cette expression qui signifie n’avoir jamais entendu parler de quelque chose ou de quelqu’un, existe depuis la fin du XVIIème siècle, puisque en 1700 dans Le père Bouhous, jésuite convaincu de ses calomnies anciennes, on peut trouver l’extrait suivant : « une histoire et des bruits qui ont eu pour principal fondement la grossesse scandaleuse d'une fille qu'ils ne connaissaient ni d'Ève ni d'Adam ». Cette expression prend racine dans l’origine de l’humanité. En effet, Adam est le premier homme

mardi 16 octobre 2012

L'expression de la semaine : "Poser un lapin"

Cette expression qui date de la fin du XIXe siècle a d’abord signifié « ne pas rétribuer les faveurs d’une femme » et elle viendrait de la combinaison de deux termes argotiques, poser et lapin.
D’un côté, en 1883, Alfred Delvau, dans son Dictionnaire de la langue verte, donne à faire poser la signification « faire attendre » et de l’autre, en 1889, Lorédan Larchey dans son Nouveau supplément du dictionnaire d’argot, indique que lapin est employé là par allusion « au lapin posé sur les tourniquets des jeux de foire, qui paraît facile à gagner et qu’on ne gagne jamais ».
Autrement dit, le « poseur de lapin », terme qui a bien existé à cette époque, était celui qui faisait attendre son paiement (le lapin) ad vitam aeternam à la femme dont il avait profité. Dans ce cas, poser un lapin se disait bizarrement aussi brûler paillasse, et c’est suite à cette pratique que les dames de petite vertu ont pris l’habitude de faire payer d’avance leurs services.
Pour le sens actuel de l’expression, apparu également à la même période, il est probable qu’il y ait eu un glissement d’une attente non comblée (celle du paiement) vers une autre attente également non comblée (celle de la personne attendue), puisque dans les deux cas, il s’agit d’un engagement qui n’est pas tenu, ce que semblerait confirmer a posteriori l’édition de 1922 du Larousse universel, où il est indiqué : « Poser un lapin : [...] par extension, ne pas tenir un engagement, une promesse ».
Il est possible que ce sens ait été influencé par une des significations de lapin au début du XVIIe siècle. En effet, à cette période, lapin s’employait pour parler d’une histoire complètement inventée, source de moqueries, qui était parfois qualifiée par la forme suivante : « celle-là est de garenne », faisant allusion au lapin de garenne, plus gros que le lapin ordinaire, forme qui nous est confirmée par le Dictionnaire de l’Académie française de 1694 où on trouve à l’entrée garenne : « On dit proverbialement et bassement d’un conte ou d’un trait d’esprit dont on le raille celui-là est de garenne ».
Alors on peut imaginer que ce lapin-là ait glissé ou bondi de l’histoire ou la blague douteuse à la plaisanterie douteuse comme celle de donner un faux rendez-vous.

jeudi 4 octobre 2012

L'expression de la semaine : "Etre en odeur de sainteté"

Il a été dit, autrefois, que le corps d'un saint émettait après sa mort une odeur particulière, suave qui permettait de le distinguer aisément des autres personnes décédées.

C'est de là qu'au XVIIe siècle est apparue notre expression avec son premier sens indiqué, pour désigner une personne ayant eu de son vivant un comportement si admirable que sa canonisation était envisageable.
Mais avant cela, au XVIe siècle, il existait déjà "être en bonne / mauvaise odeur" pour désigner quelqu'un qui faisait bonne ou mauvaise impression, tant il vrai que les odeurs qui émanent d'une personne qu'on rencontre peuvent parfois inciter à la cataloguer très rapidement.
Furetière indique d'ailleurs "odeur se dit figurément aux choses morales et signifie bonne ou mauvaise réputation". Ce sens n'a pas disparu et il est resté aujourd'hui dans notre expression, la bonne odeur devenant l'odeur de sainteté et désignant, parce qu'il a fait bonne impression, quelqu'un qui est apprécié, bien vu.
Dans ce second sens, le moderne, la locution s'emploie plutôt à la forme négative "ne pas être en odeur de sainteté" pour désigner une personne mal vue par une autre.