La langue qui nous habite...

La langue qui nous habite...
La langue qui nous habite...calligraphie encres de chine et gouache de Odile Pierron

mardi 2 avril 2013

Atelier d'écriture du 29 mars 2013



-Seriez-vous Léonard de V------ ?
-Oui Madame. Comment connaissez-vous mon nom ?
-On m'a dit que vous étiez peintre et assez adroit m'a-t-on assuré...
-En effet. Telle est l'une de mes passions. Dites-moi, votre visage recèle un je-ne-sais-quoi d'étrange... Qu'avez-vous à sourire de la sorte ?
-Monsieur Léonard, je trouvai que votre manière de me sourire était également assez particulière. Et puis votre visage a une forme ronde, tout comme le mien...

Sur ce, une voix interrompt Léonard qui s'apprêtait à continuer le dialogue :
« Monsieur Léonard, vous êtes sûr de vouloir un autre verre ? A qui parlez-vous en face de ce miroir ? "
Juan



Mon ombre marchait vers moi, nettement découpée dans la lumière du
projecteur, élancée, gracieuse. Par moments elle était plutôt tassée sur
la scène. Quelques instants après, elle s'allongeait jusqu'aux
spectateurs éblouis, au premier rang. Je devinais la justesse et la
rapidité de mon mouvement grâce à ce dessin sur le sol, comme si j'avais
écouté le souffleur tout en récitant ma pièce. La lumière traversait à
peine le tulle de mon costume, donnant à une partie de ma silhouette une
apparence brumeuse. Mon ombre marchait vers moi, droite et fière, me
saluant d'abord, dans un dernier hommage, avant l'ultime révérence ....
Claire

mardi 19 mars 2013

Atelier d'écriture du 18 mars 2013


Le signe de ponctuation que je n'aime pas est le point sur les i. D'ailleurs, quand on vous dit, "il faut mettre les points sur les i", cela sonne comme une menace, une injonction comminatoire propre à alourdir l'athmosphère ; on frôle l'exploit (d'huissier). En outre, la plupart du temps, ces fameux points sur les i se transforment tantôt en autant de ronds ressemblant à autant de zéros au dessus des mots, tantôt en traits rageurs paraissant barrrer les mots, tantôt en véritables chiures de mouches inesthétique au plus haut point. Point barre pour le point sur les i.
Toutefois, j'aime lorsque ces points sur les i se transforment en jolis trémas, comme dans croît (du verbe croitre, pas croire) ou encore en beaux trémas, comme dans coït, ou dans laïc.
Louis

mardi 12 mars 2013

Atelier d'écriture du 11 mars 2013

On écrit toujours à partir d'un 2 novembre, jour des morts, car qui ne sait que l'on porte toujours son cadavre avec soi, tel un mort vivant qui s'ignore, dans l'immense cimetière de ce bas-monde. La mort y nourrit la vie en permanence, et la vie se nourrit de la mort : de la forêt qui tire sa substance de la litière des feuilles en décomposition, aux animaux et aux hommes qui ingurgitent de la matière vivante, toute vie y est autophage.
Oui, on écrit toujours à partir d'un 2 novembre, dans le cimetière de cet univers, marqué par l'interdépendance, où règne l'impermanence, dans l'insubstantielle vacuité d'un réel qui se dérobe sans cesse, laissant les êtres sensibles, faibles roseaux toujours tourmentés par tous les vents cinglants du destin, être accablés par l'inachevé et l'angoisse existentielle. On écrit toujours à partir de ce que l'on est et d'où l'on est : être mortel dans un monde mortel, aspirant à dépasser sa condition limitée, à se trouver en soi.
Louis


On écrit toujours  à partir d'un 20 août 1968. C'est une soirée comme les autres. Il fait très chaud. Les gens sortent. Il y en a d'autres, qui, montés à leurs villages, se sont couchés depuis longtemps. On les appelle les ignorants. Ignorants jusqu'au matin. Le bruit les fait sortir de chez eux. Un bruit méconnu qui deviendra pourtant bientôt familier. Trop familier. Trop constant. Le bruit des chars russes. Ils sont là pour nous imposer leurs lois par la force. Cette force nous limite dans nos gestes, dans nos pensées. Ces chars-là, ce jour-là, sont venus pour nous protéger, disaient leurs conducteurs. Mais nous protéger contre nous-mêmes. La protection a duré plus de vingt ans.
Léona

jeudi 7 mars 2013

Atelier d'écriture du 4 mars 2013

Le printemps s'annonce par un éclat de joie en criant : "Me voilà!". Tiens donc, qui dit : "Me voilà ?" Ce n'est pas moi ! Alors le printemps n'insiste pas et il s'en va.
Plus loin, sur la colline, les coquelicots, les marguerites, les vinaigrettes secouent leurs clochettes et la Fée Clochette qui passe par là, comme elle passe partout ailleurs d'un air moqueur mais pas railleur, interpelle tous les champs environnants dans un gazouillis ardent.
M.J


Printemps de ma vie
Dur, dur, ma jeunesse,
tourmentes pêcheresses
orages percés ça et là d'éclats de soleil
rires, chants et jeux, j'ai osé
printemps de ma vie, je vous hais
dur, dur, ma jeunesse.
J


La profondeur de cette colère était sans fond.
La longueur de cette colère était sans fin.
L'immensité de cette colère montait au ciel.
L'énormité de cette colère provoquait des gestes inefficaces.
Cette colère engendrait la peur, la rage, le sentiment d'inutilité.
Le monde était à l'envers
Leona


Une colère
Dans une explosion de confettis le clown devint vert.
Vert de colère,là sous le chapiteau rempli de spectateurs.
Il ne cessait de se secouer,de s'agiter en clamant des mots pointus,
des mots aigus qui fusaient aux quatre coins du chapiteau,
en tous sens !!!
Soudain il y eut des applaudissements,
sa colère tomba et son numéro s'arrêta.
Il en resta pantois ...
M.J

mercredi 20 février 2013

Deuxième anniversaire de "A crayons rompus"

Quelques minutes de philosophie entre deux toasts !

La tendresse ? Une théière ne se remplit jamais à moitié !
L'attachement ? Un verre, ça va, deux verres, bonjour les dégâts !
Le désir ? C'est avec l'aide d'un coussin partagé que l'on pourra en mesurer l'intensité...

mardi 5 février 2013

Atelier d'écriture du 4 février 2013

Un jour, la vieille dame décéda enfin, laissant bien  malgré elle à sa nièce tant détestée cette grande maison victorienne. La chipie se l'accapara sans attendre. Résolue à la rénover à son goût, c'est sans vergogne qu'elle se débarrassa de tout ce qui était usé ou poli par le temps : le grand escalier en bois, les lustres installés par l'arrière grand-mère ou bien la salle de bain kitsch avec sa baignoire sur pieds et ses mosaïques à petits carreaux. mais elle prit un plaisir tout particulier à jeter les effets personnels de sa tante tant négligée. Elle saisit sur la tablette au-dessus du lavabo le tube de rouge à lèvres et le flacon de parfum qu'elle sépara sans se douter une seule seconde qu'ils étaient amants depuis longtemps. ils se retrouvèrent chacun dans un sac poubelle différent. c'est ainsi que fut prononcé la séparation de biens et de corps. Dans un sac poubelle, le flacon de parfum se retrouva avec des ustensiles  ou ingrédients venant de la cuisine. Parmi eux, se trouvait un bouillon cube de boeuf.
L'animal tomba rapidement sous le charme de la petite urne. Malgré un âge certain, car depuis longtemps périmé, et son cou puissant de taureau, il n'osait pas l'approcher. Son air taciturne n'incitait pas non plus à la reconnaissance, il resta prétendant éconduit et inconnu. Malheureux, perdu mais surtout désespéré d'être dans un monde qui n'était pas le sien, le flacon se morfondait dans son coin préférant être ignoré et égaré de tous. Quant au tube de rouge à lèvres, nul ne sait ce qu'il devint.
François

lundi 4 février 2013

Atelier d'écriture du 1er février 2013

O mensonge ! Songe qui ment, avec coeur, avec tendresse, avec délicatesse !
Mensonge d'enfant, premier mensonge en route vers le monde des adultes.
Mensonge omniprésent, singulier mensonge qui peut être collectif.
Mensonge émis, mensonge reçu.
Tu prends de la gravité lorsque tu es d'Etat.
Mensonge ami ? Ou ennemi lorsque tu dissous et que je finis par me mentir à moi-même.
Mensonge, j'adore jouer à cache-cache avec toi, j'adore quand je te cerne de quelque vérité.
Mensonge, joli mensonge, je sais aussi qu'on jour, il y aura un dernier mensonge.
Christophe


Le mensonge, c'est dire à une personne qui se trouve moche qu'elle est belle pour qu'elle se regarde avec moins de sévérité.
Le mensonge, c'est trouver délicieux le gateau inmangeable d'un enfant qui s'est trompé dans les ingrédients.
Le mensonge, c'est sourire à l'autre alors qu'on a mal de sa parole malheureuse.
Le mensonge c'est dire que c'est facile à faire pour que d'autre ait confiance.
Le mensonge, c'est quelque part rêver pour que ça devienne réalité.
Isabelle



Je vois les secondes défiler sur l'écran. Quel crack je vais pouvoir inventer pour leur dire que j'ai (encore ) complètement séché sur le sujet ? Quatre minutes déjà passées et j'ai dû écrire vingt mots. Question invention, mes gamins s'en seraient mieux sortis que moi. Je m'en étais sortie un certain temps, grâce à toi, quand j'avais fauché la coccinelle jaune de Caroline. Qu'est-ce que j'ai inventé pour ne pas lui rendre ? Conclusion : plus je vieillis, plus je suis honnête puisque je perds la main à mentir de façon flagrante...
Claire



Aller et retour
Chapitre 1. Aller. Les portes s'ouvrent en coulissant presque sans bruit. Le hall de l'immeuble est presque vide en cette heure matinale. Cinq personnes pénètrent dans la cabine d'ascenseur. Deux hommes en complet veston et attaché-case à la main qui se rendent probablement au 7ème étage chez Norbert et associés, le célèbre cabinet d'avocats, un livreur avec un paquet dans une main et le casque dans l'autre et deux jeunes femmes très maquillées qui n'arrêtent pas de bavarder. Les portes se referment et l'ascenseur s'en va.
Chapitre 2. Retour. Trois minutes plus tard, la cabine apparaît. La porte s'ouvre. L'ascenseur est vide
Juan