La langue qui nous habite...

La langue qui nous habite...
La langue qui nous habite...calligraphie encres de chine et gouache de Odile Pierron

jeudi 30 août 2012

Bruits - chapitre 1


1.
Il est arrivé à tout le monde de tomber. Que l’on soit jeune ou vieux, on tombe. Se laisser aller à rêver ? Et tout devient obstacle ; ne serait-ce qu’un coin de trottoir insignifiant vous étale sur la chaussée ; une boite de coca ? Et c’est le K.O. On tombe, à genoux, de tout son long, les quatre fers en l’air. Les statistiques sont éloquentes : à Paris, toutes les secondes, quelqu’un s’écroule pour des motifs connus ou inconnus. On s’éclate l’arcade sourcilière, on se pète une cheville, on part en vol plané ; le pantalon est déchiré, le blouson bon à jeter.
Tomber, quand on est vermoulu. En soixante-dix ans, combien un homme peut-il avoir de kilomètres au compteur, de randonnées du coeur, de marches forcées pour aller bosser ? Un nombre effrayant à faire sauter un podomètre, si tout y était enregistré. Toutes ces allées et venues dans les couloirs de l’existence, un jour ou l’autre, font trébucher.
Lorsqu’on fait les quatre cents coups, on l’a quand même cherché. On se ramasse, on s’essuie, on guette les témoins ; l’entorse n’était pas loin, on rigole, on s’en fout. Le corps, c’est un joujou. Il rime avec cailloux.
Tomber, pourtant rien ne vous flanque par terre : c’est la chute paradoxale, gratuite et pernicieuse, attirant la méfiance de la médecine du travail. Accident involontaire ou excentricité pour se faire remarquer ?
Tomber amoureux. La chute aussi fait mal. L’ordinaire se casse en morceaux. Avant, le temps était pimpant, chic et achevé ; les heures se laissaient ficeler dans des activités bien ordonnées. Il y avait celles pour travailler, pour faire du thé, pour la télé, l’aspirateur, la bonne cuisine au beurre, l’arrosage des pots de fleurs... On distinguait l’urgent non important de l’important non urgent. En un mot, l’efficacité. Les gens jalousaient vos capacités, facultés, facilités. En une journée, vous abattiez de prodigieuses corvées. Le soir, en vous couchant, souvenez-vous, vous étiez fatiguée. Surtout, le désir de dormir fichait la paix à vos voisins de palier. Votre système nerveux parasympathique prenait le dessus après minuit, vos nuits étaient végétatives et vous m’étiez plus sympathique. Exténuée, vous pouviez même ronfler tandis que les ondes thêta berçaient votre hypophyse comme un bébé.
C’était le bon temps. La belle époque de l’élimination toxémique de votre organisme tandis que vous dormiez. Vos nuits étaient de sable. Votre silence était aimable.
L’aspirateur, maintenant, c’est en pleine nuit parce que vous vous êtes mise à vibrer pour un homme soi-disant votre parfaite moitié ou tiens, le téléphone n’aura pas sonné, le dernier tête-à-tête se sera mal passé. Résultat, c’est l’insomnie. Le bruit est votre vengeance ; les acariens, votre délivrance. Vous chahutez la surface corrigée, vous voudriez raser votre moquette comme crâne de bénédictin que vous ne prendriez pas d’autres soins. Sur les tapis vous insistez. Tentures, rideaux, jetés se dépoussièrent en douceur : vous changez les tubes pour des suceurs. Par chance, aucun de ces instruments de malheur n’est encore muni d’accélérateur, sans quoi, cette frénésie serait du ménage à réaction. Il est trois heures du matin. Je plains vos voisins. En fait, je me plains. Je suis votre voisin. Entre vous et moi, un mur : le mur du son, nulle autre meilleure expression.
Encore hier, vous marchiez sur la pointe des pieds, vous coupiez le son des spots de publicité, un demi-poumon vous aurait suffi pour respirer. Comme j’aimais votre petit air sage, vos manières bien élevées... Quand on se croisait sur le palier, on se disait bonjour dans un cliquetis de trousseaux de clés. Puis vous vous esquiviez.
L’été, par les fenêtres grandes ouvertes, nous partagions les mêmes courants d’air ; limpides, ils exportaient vos jolis bruits chez moi, ils pollénisaient le silence et fécondaient l’absence. La goutte d’eau du lavabo, les soupirs des coussins, la vapeur du fer à repasser... j’en reconnaissais la provenance, j’en enviais la douceur.  Qu’ils échappent à votre volonté ou qu’ils prolongent vos pensées en murmures matérialisés, vos bruits m’étaient compatibles ; en receveur universel, je supportais la transfusion.
Comprenez, cette privauté que vous m’imposez aujourd’hui est doublement déplacée par l’anachronisme fâcheux qu’en même temps vous commettez : nous ne sommes pas en été, nous sommes le 2 novembre ; dehors, il gèle à pierre fendre et vos fenêtres sont fermées. Mesure de protection dont je ne peux vous tenir rigueur, un froid polaire ne s’échange pas avec la même gaieté qu’un petit vingt-cinq degrés.
Alors, que s’est-il passé, grands dieux ? Pourquoi, subitement, avoir tout bouleversé ? Vous pensiez peut-être que je serais assez loin pour ne rien remarquer ? Mais, enfin, comment interpréter votre fièvre ménagère autrement que par un sérieux dérèglement métabolique vous mettant vous-même en danger ?
Encore hier, je vivais en paix, sans cette conscience intolérable que derrière la cloison du salon, un être changeait. Pourtant, quelque chose clochait. C’était votre jour de congé. D’abord, vous vous êtes levée plus tôt que d’habitude, il devait être sept heures. Premier indice d’un trouble que je ne pouvais pas encore qualifier. Puis, j’ai entendu le même disque toute la journée. Un : j’en ai déduit que votre chaîne offrait les commodités de la position repeat - ce qui ne me renseignait pas prodigieusement sur les mobiles de votre comportement - ; deux : que cette irrésistible compulsion m’amènerait à plus de souffrances que de déductions ; retenons que la chanson vous plongeait ou dans le délire ou dans l’extase. A dire vrai, les deux effets se manifestaient par alternance, tantôt vous dansiez dans l’égarement le plus complet, tantôt vous restiez prostrée à genoux devant votre chaîne hi-fi comme si la voix était celle de la Vierge Marie, reconvertie aux variétés, blasée des apparitions en privé. Habiter le tambour d’une machine à laver m’eut semblé plus supportable. En fin de journée, l’encéphale en bouillie et les nerfs en charpie, ma fureur moussait, débordant des joints de mon cerveau.

Cela dit, quels reproches pourrait-on vous faire ? Tomber amoureux n’est pas interdit. Cette certitude m’a été confirmée à la lecture de notre règlement de copropriété, il n’existe aucune clause résolutoire ou pénale en cas de sinistre amoureux. L’amour résiste à toute ordonnance. En foi de quoi, aucune indemnité destinée à dédommager du préjudice provoqué par l’occupation abusive du silence et faisant obstacle à l’exercice des droits des habitants, n’est envisageable. La promiscuité est  fatalité.

Pour seule riposte à cette intimité de la mitoyenneté - jadis, pacifique mais à présent exaspérante - souffrez que je m’abandonne à la confusion que vous m’inspirez.

mardi 31 juillet 2012

La notice, extrait du Jeune homme bleu


Non, je n’ai aucun souvenir. J’ai beau cherché dans le passé ce qui a pu se produire. Ma mémoire est obturée. J’avais sûrement des amis, dans quelque galerie qui pourraient témoigner et me décrire toute entière, mais j’ai perdu la trace de mes anciens maîtres, j’ignore dans quel quartier je suis né, qui m’a adoptée par la suite et ce que je représentais alors. Je sais que souvent pareil accident arrive aux tableaux. Cette forme de dégénérescence  touche un tableau sur cent, quand la vieillesse guette, la pauvreté faisant le reste. Le mal est venu sans doute progressivement. On ne perd pas la moitié de soi-même en une nuit. Non. On se perd petit à petit, un renoncement puis un autre, une résignation puis une autre.
A la clinique des tableaux, on m’a installée sur un chevalet propre, sous une lampe blanche. Le médecin a fait une radio aux rayons X pour voir de quelle affection je souffre. Il ne peut encore établir son compte rendu. Il faut poursuivre les investigations. Il a juste émis l’hypothèse qu’un autre personnage complétait la scène. Un enfant, peut-être a-t-il dit. Un enfant ? J’aurais bien aimé avoir un enfant. Il aurait réalisé mes rêves, mis mes paroles au futur, terminé mes actions. Quelqu’un me l’aurait enlevé alors ? Et il n’aurait rien dit car mon visage ne réclame pas d’enfant, trop long et pas de joues pour recevoir des bisous ; une bouche sans sourire, fermée sur des choses sérieuses desquelles les enfants s’en fichent ;  mon menton est sévère et mes yeux sont trop clairs pour dire le velours d’aimer. Je n’ai pas le profil d’une mère, l’enfant est une idée en l’air.
Le médecin a par la suite évoqué un animal de compagnie que j’aurais posé sur les genoux. Un caniche ou un chat, une touche de douceur, tirant sur le jaune orangé, assouplissant l’angle coupant du fond. Pourquoi pas ? Et on aurait récupéré les deux pour un calendrier des PTT ! Me suis-je exclamée, agacée par des supputations sans fondement scientifique. Je suis allergique aux poils, j’éternue et les yeux me brûlent dès lors j’ai un contact forcé avec ces animaux de malheur… ai-je dû spécifier.
Le docteur est reparti à sa machine à rayons X. Je n’ignorais pas qu’un rayonnement prolongé pouvait entraîner la perte de mes cheveux. Je demandai un chapeau. On me l’accorda bien vite, je n’étais pas d’humeur. La séance terminée, le médecin est revenu, cette fois accompagné d’une belle infirmière, aux mains douces et potelées qui a caressé mon mystère, blanc gris comme l’amnésie. Elle avança la thèse d’un décor, l’œil prolongé d’une loupe, un doigt d’aveugle sur ma toile. Peut-être y avait-il là, la trace d’un fauteuil, ou bien d’un bouquet de fleurs. Je la laissai parler. Ses caresses n’étaient pas désagréables, et partant, le souvenir prêt à remonter, qui sait ? J’ai attendu l’amorce d’une image, un reliquat de parfum. J’avais un faible pour le mimosa, peut-être cette odeur un peu âcre et sucrée venait-elle de ce bouquet fantasmé ? Hélas non. Je vis le médecin s’approcher et sans aucune forme de procès, badigeonner mon vide d’un produit agressif aux vertus d’anamnèse. Il frottait par petite touches circulaires avec application en retenant son souffle mais rien n’y fit : je demeurai privée de la moitié de mon intégralité. J’étais prête à pleurer tant ne rien sortir de cette zone d’oubli me mettait au supplice. Le médecin s’énervait, l’infirmière se désolait et moi je les regardais de cet air suppliant que mon invalidité traduisait en supplique. Trop de temps passé dans une remise de musée, trop d’obscurité injustifiée, trop d’inconscience de moi-même m’avaient fait perdre le chemin de moi-même, jusqu’au goût de moi-même ; incapable de me reconstituer, je butais tout comme eux sur ce vide désastreux. Il me manquait un morceau, un morceau capital qui attirait l’œil autant qu’un défaut au milieu de la qualité. Pourtant, le reste était de bonne tenue. La maîtrise du peintre était incontestable, j’avais tout d’un Soutine, sauf la signature qui par un fait exprès devait se trouver à gauche, lieu de mon non-lieu.

Le médecin proposa encore la thèse d’un homme accroupi à mes pieds. Un amoureux transi, dont j’aurais détourné le regard, blasée des soupirants ? Je me connaissais assez pour savoir que je n’étais pas une beauté. Quiconque m’aurait offert le mariage, je l’aurais épousé. Alors quoi ?
J’imaginai à mon tour porter une pièce montée. Présenter un plat de crustacés. Montrer ma couronne de fleurs d’orangers ; etc.
Quand subitement, l’infirmière eut cette effroyable idée de me retourner. Au dos, une notice y était collée : 1935. Tableau inachevé.

mercredi 4 avril 2012

le journal de tempo n°26, chronique d'un chien presqu'humain


Ce soir c’est le réveillon de Noël. A la maison, on n’a ni sorti la crèche, ni monté de sapin, ni accroché de houx, ni frisé de bolduc autour des cadeaux. Ce soir est un réveillon sans réveillon, un réveillon où veiller ne serait que regretter, navigué dans un passé loin derrière, un passé resté à l’état de l’été ; je vais et viens dans le jardin sans savoir comment un Noël sans joie et sans rires survit au lendemain. Mam’hum me manque comme la voyelle au mot, comme le mot à la phrase, comme la phrase à la déclaration d’amour ; je voudrais pour savoir comment j’ai réussi à vivre sans, être à la fin de mes jours.
A la sempiternelle question de savoir ce qu’organisent les gens pour les fêtes, Pap’hum a dit qu’il ne faisait rien. Et dans ce rien, sont avalés comme par un syphon, les atours des fêtes de l’année dernière. Souvenez-vous, nous étions montés tous les trois sur le continent - quelle aventure ! - et nous avions traversé une France enneigée, aux sapins chargés de givre et de pommes de multiples les couleurs, croisé plus de Pères Noël que les légendes en contiennent et enfin arrivés à bon port, pris possession de cette veillée, petite armée familiale, dos aux batailles, tous ensemble prêts à l’avenir radieux d’être réunis pour quelques jours de magie partagée. Je regardais Mam’hum, dans sa robe folklorique venue d’un pays incertain suffisant à évoquer les steppes, la route de la soie qui s’emprunte chargés d’étoffes brodées, j’admirais ces jolies simagrées, faites pour agiter les grelots et tournoyer les rubans, donnant vrai volume à la beauté de sa personne. Elle distribuait le pudding de Noël confectionné pendant l’avent en parts presque égales, attentive à satisfaire autant les plus gourmands que les plus délicats ; et cette image, elle penchée vers les assiettes, déposant chaque tranche d’un geste précis représente à elle seule Mam’hum, archétype de la mère nourricière. A cet instant, intuition prémonitoire que nous avons tous dans ces moments de bonheur absolu qui se confond avec un profond sentiment d’existence, je savais que rien par la suite ne pourrait supplanter ma béatitude. En effet. A l’heure où je vous parle, alors que je me remémore la recette du pudding avec amertume – il cuit pendant huit heures - je considère le frigidaire vide. Pap’hum a pris une demi-journée de congé pour s’allonger sur le canapé et gribouiller de longues suites de chiffres dans des carrés de sudoku. Est-ce une façon de se préparer à la venue du petit Jésus ? Partout et de tout temps, les hommes célèbrent l’équinoxe car enfin les jours vont commencer à rallonger, la lumière l’emporter sur la nuit et le soleil gagner minute après minute mon cœur tout flapi. Mais non, Pap’hum, indifférent aux grandes cérémonies qui mettent  l’homme à la taille de l’univers, calculent la somme de ses rangées de chiffres : 6+3 = 9 ; 1 + 8 = 9 ; 5 + 4 = 9 ; partout il note des 9, 9, 9 ; le sudoku est fini… Mais j’y pense, oui, bien sûr, le 9 est le chiffre du renouveau ; enfin 9, quoi, c’est neuf ! Comment n’y avais-je pas songé plus tôt ? Cher petit Pap’hum, c’est donc par l’arithmétique qu’il en appelle à la grandeur du solstice, au mystère de Dieu fait homme !
Oh, attendez ! Le téléphone sonne !  Pap’hum lâche le sudoku, cherche ses chaussons en vitesse mais non, ne perdons pas de temps, il court pieds nus vers le téléphone, il court car il sent bien l’urgence, la raison d’être présent : c’est Mam’hum ! Son numéro s’est affiché sur le combiné, Pap’hum prend la communication, prend la voix de Mam’hum contre sa joue, c’est comme un courant d’air chaud, la poudre dorée du sirocco. J’aboie de tout mon être, mam’hum, écoute-moi ! J’aboie autant que je peux, bien davantage que lorsqu’un inconnu toque à la porte car là, l’inconnu est insupportable, je veux savoir ce qui se dit, ce qui advient, je veux lui parler moi aussi, lui dire que pour Noël je lui offrirai bien volontiers mon assiette de croquettes, que peu m’importe de dormir le ventre vide et la dent creuse si elle vient nous embrasser ce soir car d’un coup je pense à la magie de Noël, à tout ce qui peut encore se produire, aux miracles du petit Jésus et aux prières que dans le secret de ma foi de chien je récite au coucher quand Pap’hum après m’avoir brossé, ferme la porte derrière lui et que je me retrouve alors dans le noir avec pour seul rai de lumière l’espoir de la voir le lendemain. Mais je n’attendrai pas ce soir, je n’attendrai pas l’espoir, non, je n’ai que mépris pour l’attente, cette fille trop charmeuse pour être honnête, car j’ai subitement la révélation que ce Noël si mal commencé va refaire son début, Pap’hum vient de se précipiter sur le sudoku et l’envoie voler en l’air, de même pour ses chaussons : il les récupère de dessous le canapé et dans un cri de joie se met à jongler avec ; du coup, je me pique au jeu et saute autour de lui et dans le même élan dont la cause est entendue nous batifolons à saute-chaussons. Mam’hum vient passer Noël avec nous : hip hip hourra ! Mam’hum va dormir ici : hip hip hourra ! Mam’hum apporte son violon : hip hip hourra ! Mam’hum a mis sa robe du Caucase, la voilà, je l’entends monter les escaliers, ouvrir le petit portillon, toquer et dire c’est moi pour ne pas m‘effrayer et être confondue avec de l’inconnu. Mais moi je sais, même quand elle ne dit rien pour s’annoncer, je reconnais sa façon bien à elle de frapper à une porte d‘entrée, trois petits coups brefs et réguliers, un petit tempo allegro qui sied aux menuets de Mozart. Pap’hum ouvre la porte, je me faufile entre eux deux et je vais pour l’accueillir à raison de cabrioles, de pas de côté, mais au dernier moment alors que dans mes muscles se rassemble l’énergie du bond, quelque chose me stoppe, ce quelque chose n’est ni sa mise de princesse ni les protestations de Pap’hum, c’est tout simplement le sentiment de la gravité qui passe de ses yeux aux miens et l’expérience du manque qui diminue d’intensité, diminue, diminue encore et  finit pas cesser  tout à fait. De ce manque monte la phrase tant entendue, tant interrogée et tant fatiguée mais ici, entre elle et moi, rien de l’usure du monde ne peut nous blesser : Je t’aime Mam’hum ; je le dis avec la solennité de celui qui l’a inventée. 


FIN


mercredi 28 mars 2012

le journal de Tempo n°25, chronique d'un chien presqu'humain


Nouvelle session du Grenelle de …

-       A présent, comment nommer notre Grenelle ? demande Pap’hum. 
La nouvelle session vient de commencer. Cousin Don Cristobald prend place sur le canapé, je prends place à leurs pieds, hiérarchie oblige.
Ces discussions me fatiguent. Contraindre la réflexion alors qu’il faudrait agir urgemment me semble du dernier paradoxe. Je grogne. Je rêve d’ouvrir la porte, de franchir le grillage et de courir ventre à terre jusqu’à l’appartement de Mam’hum pour lui sauter au cou, lécher à qui mieu-mieu sa petite menotte, japper de contentement, aboyer d’excitation, et renverser au passage quelque bibelot.
Je me sens l’âme d’un émissaire. A trop parler, les humains s’emberlificotent. Et au final, le cœur s’enfonce dans le bourbier des atermoiements, balloté entre pour et contre. Je hais l’examen des situations, l’analyse des avantages et des inconvénients. Je suis un chien d’action, moi ! Je rêve de sonner chez elle, toutes tergiversations cessantes, deux pattes avant sur la porte, la truffe collée à son nom, pile poil dans le faisceau du judas. Elle m’ouvrirait en chemise de nuit car je la surprendrais au saut du lit, au moment précis où même la plus solide des déterminations fléchit, griefs et déceptions à l’esprit endormis. Reviens, Mam’hum ! lui dirais-je, reviens, répéterais-je d’autorité, parole qu’on ne lui a jamais dite ! ; mon intervention ne saurait souffrir d’aucune objection et nul papotage,et je me précipiterais sur son lit comme en terrain conquis. Descends de là ! s’écrierait-elle. Je pencherais mes oreilles en arrière, simulant soudaine surdité et irais enfouir mon nez dans ses oreillers, grisé du parfum de ses cheveux, enivré de la sudation de la nuit. Tout ceci, hélas, au conditionnel. Tout ceci soumis à la contribution des astres, du hasard et des circonstances. Grande en effet est l’incertitude qui règne sur mon scénario. Retrouverais-je le chemin de son appartement ? Comment ne pas envisager qu’elle soit sortie ? Et dans son lit, trouverais-je autre chose que ses oreillers ? Un truc en forme de chien qui me remplacerait ? Qui nous dirait à Pap’hum et moi qu’elle en a fini avec nous, qu’elle nous oubliés, abandonnés, jetés comme une vieille paire de croquettes ? Dans mon empressement à aller l’assurer de notre fidélité, me serais-je trop vite emballé ? Subitement, j’ai envie de tout envoyer promener, de retourner tout petit chiot dans son panier à bûches, de faire pipi sur le carrelage et de me rouler dedans pour que l’on cesse tous ces enfantillages, que l’on se souvienne des jours où le soleil entrait par les grandes baies vitrées de nos cœurs associés, de nos vies mélangées. La sienne était mienne, la mienne était leur. Qu’est-ce que nous allons devenir ? Comment notre histoire va-t-elle s’écrire ? Quelle page doit-on tourner ? Notre séparation fait-elle partie de notre histoire ? Je ne sais quel statut lui donner. Je ne sais quel avenir construire. C’est toutes nos fondations qui sont ébranlées et le bateau prend l’eau de toutes parts. Et le Commandant, va-t-il lui aussi quitter le navire ? Bien sûr, je le vois bien, chacun de son côté essaie de faire bonne figure et donner aux circonstances un semblant de sens. Mais au fond, au fond de la cale, y’a un trésor qui tant bien que mal surnage : l’idée de notre famille. Et cette idée, c’est moi qui la donne en plein. Car à trois, on forme une famille, on met du tiers dans le toi et moi. Que n’ai-je trop conscience de n’être qu’un substitut du petit d’homme qu’ils n’ont jamais eu, faute à pas de chance. Je porte leurs regrets, l’insuffisance de la nature. Et ce fardeau donne à mon existence une responsabilité. Alors voilà ce que j’envisage.
Tout d’abord, chacun semble avoir perdu de vue les immenses qualités dont l’autre est pourvu. Je me propose donc de leur rafraîchir la mémoire. Commençons par Pam’hum. Il sait comme personne imiter l’albatros à l’atterrissage et ce dans la plus grande dignité, premier point. Deuxième point, il ferait le tour du monde sans GPS ni carte IGN car comme les mouettes, il a une boussole dans la tête ;  du coup, il ne perd jamais le Nord à la différence de Mam’hum qui est championne de la désorientation – la sienne et celle des autres, soit dit en passant. Il reconnaît le faucon crécerelle, le merle d’eau, la grue cendrée en une fraction de seconde, c’est le jiz, dit-on chez les ornithologues pour désigner cette qualité, troisième point. Il est mauvais joueur au go mais joue avec 4 handicaps pour laisser gagner Mam’hum, quatrième point. Il se lève toujours de bonne humeur, non, c’est faux, plus depuis que Mam’hum est partie. Il collectionne les calembours, invente des mots nouveaux, il plaisante, il fait l’andouille, le pitre et le mariole, non plus, c’était vrai avant mais plus maintenant… En fait, Pap’hum perd peu à peu ses qualités. Le départ de Mam’hum aurait-il à voir là-dedans ? Pap’hum a changé. Je ne le reconnais plus. La vie n’a pas de sens sans Mam’hum me répète-t-il tous les soirs en me brossant le dos et nous courbons l’échine tous les deux sous le poids de notre misère.


Mais  il y a des serments qui dépassent les volontés. Je me raccroche à cette idée. Je cherche des signes partout qui nous diraient où se dirige notre destinée. Nous sommes tous les trois à un carrefour géant sans signalisation pourtant.
Mais me voilà qui de nouveau perd le fil de mon propos. J’en étais à leurs qualités. Celles de Mam’hum à présent. Même en tablier de cuisine, en jogging défraîchi, en bottes de pluie, Mam’hum garde la grâce d’une reine d’Egypte. Petit un…

mardi 20 mars 2012

le journal de Tempo n°24, chronique d'un chien presqu'humain


En direct de notre correspondant sur le terrain. Paris, heure locale.


Chez les ultrasonistes,. rien de spectaculaire à signaler. Et pourtant... Petites marches matinale et méridienne pour aller méritants à l'école,  bravant flaques d'eau, crottes de chien, température de mars et brume relevée de pots d'échappement. Car c'est cela, la réalité de cette marche, de cette grève, de ces revendications salariales, de ce bras de fer syndical ; klaxons blasés ou nerveusement téméraires, passants sur ressorts, patins à roulettes ou trottinette,  te bousculant sans remords, bicyclettes déchaînées, libérées par des années d'oppression (vel'ib cela a des relents de maquisardise) qui roulent où bon leur semble : trottoir, route, caniveau, tout leur semble cyclable, et ce, dans le daltonisme le plus établi. Alors, je peux dire qu'en effet, c'est aventure et honneur réunis que d'aller à l'école en ces temps de barbarie.
 Préalablement à cette marche, ils ont bien entendu, comme à l'habitude, consulté leur  oracle "transports idf.com" qui leur annonce hélas un métro toutes les 20 mns sur la ligne 7, leur ligne hélas, abandonnnée à la stupeur hélas depuis déjà une semaine hélas.
Leur  triomphe est cependant de courte durée ; la station est fermée protégée à l'entrée par deux policiers. Plus tard, dans la journée, une annonce-radio porte à la connaissance de leurs oreilles esbaudies, un métro toutes les 50 mns sur la ligne 7 ; ils vérifient derechef. Toujours fermée ! L'appétit d'insatisfaction d'un individu étant constante, principe garantissant sérénité sur tous les autres plans,  ils maugréent un hélas identique aux précédents.

Autre fait marquant dans le cadre de ce RETEX (retour d'expériences )  : la petite porte d'un placard est restée entre les mains de Léo. Cela mérite-t-il développement ? Il s'interroge un instant puis lâche le morceau.


Merci pour cette chronique. Ajaccio. Heure locale.  


[1] Avec son aimable autorisation

mardi 13 mars 2012

le journal de Tempo n°23, chronique d'un chien presqu'humain


Grand concours
«  Inventer la niche de demain »
Les participants sont invités à imaginer, en incluant la contrainte énergétique et climatique, la niche dans laquelle ils aimeraient vivre. Il est donc demandé de réfléchir aux solutions et/ou techniques qui permettront un développement canin responsable, respectueux de l’environnement tout en favorisant la cohésion sociale et la croissance économique.
Les propositions viseront :
1.    la maîtrise des dépenses énergétiques dues aux transports  de coussin à coussin
2.    la gestion des déchets dans le tempotoir
3.    la réduction des nuisances sonores – grognements des humains  et miaulements  -
4.    la réduction des émissions polluantes – radio tempo n’est pas une émission polluante, vous saurez  –
5.    la reconquête des friches du jardin.



10 000 croquettes à gagner
L’équipe gagnante
recevra 6 000 croquettes.
Les deux autres équipes
primées se verront
remettre respectivement :
2 500 croq’s et 1 500 croq’s.



Le plus tôt possible
Clôture des inscriptions
et remise des dossiers



jeudi 8 mars 2012

le journal de Tempo n°22, chronique d'un chien presqu'humain


Je demandais récemment : l’amour existe-t-il ? Je m’aperçois maintenant que cette question est incomplète. L’amour existe évidemment, je l’éprouve pour Mam’hum, et ce, de mémoire de chien, depuis toujours. La vraie question est : l’amour existe-t-il durablement ? Non pas ces embrasements perfides à la Casanova, non plus ces flirts de midinette ou ces passades donjuanesques. Ces émois-là, s’ils sont plaisants, n’en sont pas moins terres stériles sur lesquelles ne poussent que griffes de sorcières, votre continental chiendent. Encore que l’on voit dans la littérature des coups de foudre incendiaires que la raison ne pourrait éteindre de son camion de pompier et qui ravagent maquis entiers avant qu’ils ne renaissent, dit le berger, cent fois plus beaux[1].
Mais, soyons honnêtes, ce qui fait tourner la tête n’est pas conquête en soi mais bien la certitude que l’on obtient de l’autre de n’être abandonné. Je sais, cette vision de l’amour peut provoquer chez le lecteur, indignation. Comment ? Aimer n’est-il pas désintéressé, don de soi, et tout le tralala ? Je pense que non. Et c’est même à la force de la peur de l’abandon que l’on mesure l’attachement. On ferait tout pour ne pas retourner à l’état de solitaire que pourtant la vie dans sa perspective ultime – la mort – est et sera. Je ne peux en dire davantage, sans descendre dans mes profondeurs et tourner freudien. Je m’arrêterai donc là, laissant au lecteur le loisir de m’éditer, euh, non, de méditer ma perception.

Toutes choses étant égales par ailleurs, - j’aime ces introductions qui posent son orateur - l’amour peut-il connaître un developpement durable ? Autrement dit, peut-il être viable, vivable et équitable ? L’amour est une planète. Et dieu sait si l’amour souffre de l’effet de serre ! L’amour est en danger. Voilà la vérité[2]. Car nous avons abusé de ses surfaces arables, de son énergie fossile et de ses trésors de bienfaits, sa chicorée en somme. Nous l’avons saignée ! Nous l’avons épuisée ! Je me souviens de mes exigences maintenant : je voulais de Mam’hum non pas une caresse, mais deux, mais trois, imaginant benoîtement ses chaudouxdoux renouvelables. Quelle erreur !  Il eût fallu les partager, et songer aux plus démunis, chiens sans abri, sans leur Mam’hum, leur puits. Il eût fallu à chaque plante mâchonnée, replanter et ainsi cultiver notre petit potager, tel que le recommandait Voltaire. Il eût fallu fonctionner basse consommation et stopper net toutes nos pollutions. Oui, il eût fallu. Mais c’est trop tard. Le mal est fait. Alea jacta est,  disait César, enjambant le Rubicon ;  fini de jacter, je traduis. Il faut agir ! Et vite ! car le niveau des océans monte, le désert avance, les cataclysmes les plus violents sont imminents, et les vendanges de plus en plus précoces ( nous commanderons bientôt notre Chianti à Edimbourg et notre Riora au Canada… j’en frémis ).
Sauvons notre planète ! 5 minutes de répit pour les croquettes !  Et ces slogans, ces symboles, s’ils sont puissants, ne sont en fait que sparadraps sur jambe de bois. J’ai convaincu Pap’hum : c’est une organisation qu’il nous faut, une Stratégie Conjugale de Developpement Durable, des objectifs, des axes, des orientations, des défis, des enjeux, des agendas, des chartes, des engagements, des conférences, des sites dédiés et des rapports. Hola ! Comme tu y vas, me dit Pap’hum ( Ah ! frilosité quand tu nous tiens… ), un peu de priorité !... Je redescends d’un cran. Un peu de suite dans les idées !... Deux crans. Un peu de… Quand je suis redescendu sur terre, Pap’hum me dit :
-       Tu as raison Tempo. Il nous faut notre Grenelle.
Et d’un coup, c’est un autre homme. C’est le Commandant ! Il se jette sur sa serviette, sort un bloc-notes et un stylo.
-       Toi, tu seras vice-président.
-       OK, Mon Commandant !  Ma mission ? Son nom de code ? Vice ? Vice de forme ? Parfois, mon cerveau fabrique autant de questions à la seconde que poussent les dendrites dans toutes les directions et ç’est comme une bombe atomique.
-       Hou là ! Du calme Tempounet ! Tu t’emballes. Et tu nous fais perdre le fil.
Pap’hum travaille en mode linéaire, le cousin Don Cristobald, en mode simultané. Je file le chercher.
-       Kesaco ? dit-il d’abord en mode texto.
-       On ouvre un Grenelle de l’Emmerdement, euh, non… enfin, on verra plus tard pour le titre.  Tu veux y participer ?
-       Si amico, répond Cousin Don Cristobald, avec l’accent.
-       Mais une chose après l’autre. Tout d’abord, Tempo, je vois que tu n’as pas compris. Le vice-président est le sous-président et moi, je serai le Commandant Président, insiste mon Pap’hum.
-       Ouah ! Ouah !
-       Un petit président, quoi.
-       Ouah !
-       Un présidentounet. Voilà, tu es content ? Oh le gentil chien à son pépère. Bon. Poursuivons. Petit a. les finalités. Petit b. les plans. Petit c. les moyens. Trois colonnes.
-       Et si on faisait une grande fête avec des gobelets en papier recyclé, des assiettes en feuilles de bambous et des couverts…
-        Et une dînette de croquettes non modifiés ? J’ajoute.
-       Ce serait super chouette ! continue Don Cristo. On allurmerait dans toute la maison des petits lampions, on grignoterait des graines de tournesol à l’apéro, et tiens, on ferait un ban aux étoiles, hip hip hourra à toutes les constellations, on danserait tout nu notre hymne à la nature et on chanterait à la bougie la chanson de Souchon, allez Tempo avec moi ! :
«  On avance, on avance, Tous ces petits moments magiques de notre existence ; ouah ouah
Qu'on met dans des sacs plastique
Et puis qu'on balance, ouah ouah
Tout ce gaspi de nos cœurs qui battent,
Tous ces morceaux de nous qui partent, ouah ouah
Y'en avait plein le réservoir au départ.
On avance, on avance, on avance ; ouah ouah ouah !
C'est une évidence :
On a pas assez d'essence ; ouah ouah
Pour faire la route dans l'autre sens. On avance…
-       Désolé de vous contredire, on n’avance pas du tout. On n’a encore rien dans nos colonnes.
Et voilà comment toute une belle énergie créatrice peut d’un coup être condamnée. Pap’hum est un bonnet de nuit. Don Cristo se rassoit, je me recouche sur mon coussin.
- Toute une série de travaux a mis l'accent sur des problèmes globaux graves, reprend-il, je cite 1) environnemment : dérèglement romantique, raréfaction de cadeau potable, abandon des zones primaires d’échanges et des réservoirs de calino-diversité. 2) Social : pleurs endémiques ; outrages ;  petites tyrannies ; réticences ; coups fourrés ; fanfaronnades ; sous-entendus ; conflits ; accroissement des inégalités ; orgueil ; vie de patachon ? ETC. Or, toutes nos activités quotidiennes ne seront possibles que si les équilibres biologiques sont maintenus. S’engager dans le développement durable, c’est répondre aux besoins féminins (le développement humain) avec l’économie comme moyen (y’a pas de petit profit ) et les ressources naturelles comme contraintes (le pauvre sort masculin) . Faisons le point. Quel est l’état de nos ressources ?
-       Pas folichon, repond Don Cristo en retournant ses poches.
-       Bon. Je note : ressources matérielles, point d’interrogation. Ressources intellectuelles ? Nous n’avons pas encore atteint le point de rupture mais l’exploitation de nos idées doit être rationnalisée. Tu confirmes ?
-       Tu veux parler d’un protocole ?
-       Oui.
Je pique un petit roupillon le temps qu’ils élaborent l’ordinogramme ad hoc.
-       Très bien. On teste demain et on ajuste si nécessaire. Cf la roue de Deming. Ressources corporelles ?
Et les voilà à poil. De ce côté-là, c’est plutôt inégal. Notons : des épaules sur lesquelles se reposer ( Pap’hum ) , des bras pour passer vigoureusement l’aspirateur ( Don cristo ) , des jambes pour pédaler dans la semoule ( Pap’hum ) , le dos large ( Pap’hum ), les pieds sur terre ( Pap’hum ), la tête en l’air ( Don cristo ), et sur le torse bien dessiné ( Don cristo ), chemin des dames pour les faire rêver. Sera-ce suffisant ? Rectifications après réflexion : chemin des dames pour la faire rêver, n’allons pas tout faire foirer. Reste à l’étude : les réservoirs de capillarité qui vont inexorablement en s’amenuisant.
-       La perruque ? suggère Pap’hum. Don Cristo répond par une moue. Les implants ? Trop voyant. Le bonnet de rasta ? La casquette du Père Bugeaud ? Le canotier de Maurice Chevalier ? Le casque de moto ? Le turban de Lawrence d’Arabie ? Le sac plastique recyclable ??? Une commission examinera la faisabilité de chaque action, assortie d’un coefficient de pondération.
-       Venons-en à présent aux ressources spirituelles. Calembours, gags, pitreries, contrepètries, efficacité à amuser la galerie. Bilan ?
-       A la hausse, cher Président ! A la hausse, c’est incontestable. Nous sommes loin d’avoir épuisé nos gisements ! 
-       Voilà un point qui n’est pas mineur… Sans jeu de mot, hein !!!
Eclats de rire, tapes sur le ventre et franche gaieté et surenchère de bons mots et re- éclats de rire et tapes sur le ventre.
Je rappelle le principe suivant lequel le développement durable, c’est répondre
aux besoins féminins avec  l’économie comme moyen. Or, ils en font des tonnes. Et dans ce domaine, l’exagération confine au ridicule. Pap’hum n’est pas d’accord. Je développe. Pap’hum n’est toujours pas d’accord. Don Cristo reste neutre et va se déboucher une bière. Quand il revient, nous sommes enfin tombés d’accord : de toute façon, Mam’hum est le meilleur public. Elle rit d’un rien, elle accueille de ses faveurs  toute bouffonnerie, elle s’esclaffe à la moindre plaisanterie, même quand elle ne la comprend pas ; on lui chatouille les zones gélogènes (aisselles, côtes, plantes des pieds) : elle se tord de plaisir  ; elle renoue avec sa prime enfance avec "Je te tiens par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une tapette..." car avouez-le, c’est irrésistible ; elle pique de longs fous rires en ouvrant grand la bouche comme une petite fille, c’est dire si elle se presse de rire de tout… de peur d’être obligée d’en pleurer. Et à la voir ainsi, tordue, mdr[3], nul ne peut résister à se laisser aller à pareil abandon et c’est dans une coopération de diaphragmes, une meilleure combustion de l'oxygène, plus sûre expulsion des déchets, plus grande commotion cérébrale, tous systèmes cardio-vasculaires, systèmes digestifs et métabolismes généraux confondus, que se poursuit la discussion. Car le rire est communicatif, autant que le bâillement. « L'homme ne peut jouir de ce qu'il sait qu'autant qu'il peut le communiquer à quelqu'un. » disait Giacomo Casanova, avant moi.
Chère Mam’hum, notre rayon de soleil, notre astre, notre vitamine A. Chère ? Non, voyons. Une mam’hum, ça coûte rien.

Fin de la session de notre Grenelle. Reprise des discussions ultérieurement. Petite collation prévue ; possibilité de se connecter en Wifi.







[1] Comment ça, je regarde trop les feux de l’amour ??? N’importe quoi … 
[2] Si vraiment elle dérange, ma fortune est faite. Faites le calcul : Al Gore retire de chaque conférence 500 000 dollars, tout frais annexes payés. J’en suis à ma 22ème ! Ce serait le Jack-tempote !
[3] Mdr : morte de rire, abréviation courante en mode texto.